Que faire lorsqu’un attentat touche sa ville ? Il y aurait toutes sortes de réactions légitimes, allant de la colère à la peur en passant par l’incompréhension.

Il y a d’ailleurs un sens dans lequel personne ne comprend exactement ce qui s’est passé aujourd’hui. Comment se peut-il qu’on en vienne à cela pour une histoire de dessins ? Pourquoi maintenant ? Quelles conséquences cela aura-t-il sur la ville, les mœurs, les mentalités et le climat dans la ville que nous aimons tant ?

Les journalistes feront leur part, les experts aussi. Nous aurons tous notre opinion, mais il n’y a qu’une seule opinion qui est normative sur toutes ces questions. En tant que peuple, nous devons d’abord nous demander ceci : “qu’est ce qu’en dit Dieu ?”

Dieu seul sait qui sont les personnes qui ont commis ces meurtres, blessé ces personnes, divisé ces familles. Il sait le cheminement de vie et de pensée qui les en a mené là. Dieu seul sait ce qui passait par l’esprit des journalistes de Charlie Hebdo lorsqu’ils ont décidé de rester fermement ancrés dans leurs positions provocatrices, et quelles en étaient les motivations les plus profondes dans leur cœur. Dieu seul sait comment cet acte influencera l’avenir de notre pays et des relations au sein de celle-ci des différentes communautés qui sont affectées par cette tragédie. Nous aurons nos opinions, aussi informées soient elles. Mais Dieu seul sait.

Et c’est donc vers lui que nous nous tournons pour savoir comment réagir. Et comme toujours, pour savoir comment Dieu réagit, il faut regarder à comment Jésus réagissait, lui qui est Dieu venu en chair. Et voici ce qu’il nous disait de faire : “Aime”.

Quand les choses vont mal, aime. Quand le désastre frappe, aime. Aime les victimes. Aime aussi les persécuteurs. Aime ceux qui pleurent, et ceux qui font pleurer. Voici donc plusieurs personnes à aimer, au cours de ce temps de souffrance. Qui sait ? Peut-être que notre amour manifeste pourra apporter de la lumière au sein de notre ville en deuil. C’est en tout cas à cela que nous sommes appelés.

Aimer les tireurs : Ce sera la chose la plus difficile, et donc la chose par laquelle commencer. Aimer n’est pas acquiescer. Aimer, c’est vouloir leur bien. C’est leur souhaiter le meilleur alors qu’ils semblent ne pas vouloir le nôtre. C’est aussi ne pas créer un climat de “nous et eux”, bien que nous ayons une fâcheuse tendance à adopter ce genre de posture en tant que chrétiens. D’abord parce que “nous” ne sommes pas ceux qui sont victimes de ces attentats. Nous en dirons ce que nous voulons, et nous pourrons/devons être solidaires avec les personnes blessées et attristées, mais comme l’a dit Gilles Boucomont, pasteur dans le Marais, sur Facebook cet après-midi,  “Je ne suis pas Charlie. J’essaie de suivre Jésus-Christ”. Et deuxièmement, parce que le “eux” devient trop vite très flou. Ce n’est qu’une question de jours, d’heures, voire même de minutes avant que le “eux” passe des tueurs de cet après-midi, au mouvement islamiste radical demain, pour englober ensuite toute la communauté musulmane par la suite. Et la seule façon d’éviter ce “nous et eux” est de commencer à aimer les tireur. Cela devient ainsi “nous pour eux”. Souhaitons-nous leur liberté pour autant ? Leur acquittement ? Pas forcément non plus. La justice a pour but de corriger et de relever ceux qui sont tombés aussi bas. Mais si nous prions pour eux, si nous les aimons, nous commençons à ressembler à Dieu et à refléter sa perspective sur cette situation.

Aimer les victimes et leurs proches : Toute la subtilité d’aimer les tireurs est que cela devient très sensible dans un contexte comme celui-ci. Nous ne pouvons pas pardonner ces faits à la place de ceux qui sont les offensés. Et nous devons tout respect, toute sensibilité et tout soutien dans la prière pour ces personnes. Prions qu’au lieu de tomber dans une des réactions naturelles mais destructrices de l’homme livré à lui-même (le désespoir, la rancœur ou l’aigreur), que Dieu fasse briller sur eux toute sa lumière, qu’il guérisse ceux qui souffrent et qu’il leur fasse du bien. Charlie Hebdo n’a pas toujours été des plus tendres avec les chrétiens non plus. Mais pour notre part, nous les aimons : eux et toutes les personnes qui souffrent à cause de ce drame.

Aimer les habitants du quartier, et de la ville en général : Devant tant d’émotion suscitée par ces faits si tragiques et si heurtants, nous pouvons oublier, ou pire : être indifférents aux sentiments de ceux qui travaillent, habitent, font leurs courses, envoient leurs enfants à l’école ou sortent boire un verre juste à quelques mètres de là où ces événements se sont produits. Il devra sans doute passer de longs mois avant que la vie retrouve un semblant de “normal” pour ces personnes. Sachons leur communiquer tout l’espoir et la sécurité de laquelle nous bénéficions en tant que chrétiens. Soyons prêts à écouter nos voisins, pleurer avec eux, prier pour eux et nous tenir à leurs côtés. “Recherchons le bien de la ville dans laquelle je vous ai placé” (Jer 29.7). Soyons le sel de cette ville en cette période particulièrement aigre ; sa lumière au sein des ténèbres qui semblent plus profondes que jamais en ce 7 janvier 2015.

Et dans tout cela, nous vous encourageons à le faire en toute humilité, en toute paix, nous souvenant que nous représentons le Roi de Paix, et son Royaume ici sur terre.

Nathan est un des anciens de l’église. Il est marié à Rebecca et a trois magnifiques enfants. Il aime le sport, la musique et la bonne nourriture !